Demandeurs d’emploi au théâtre : je joue donc je suis

Marseille – Roy d’Espagne

reportage Franck Taliercio

Dans les quartiers du littoral sud de Marseille (Roy d’Espagne, La Soude, La Cayolle), Bruno Duret et sa compagnie Théâtros font souffler un vent de confiance à des demandeurs d’emploi longue durée.
Depuis 2015, il anime un dispositif, encore expérimental, en partenariat avec Pôle emploi, intitulé « L’emploi, j’y crois ». Une quinzaine de demandeurs d’emploi qui ont plus ou moins perdu cette fameuse confiance, nécessaire pour avancer,  sont initiés au théâtre et invités à participer à une session de 3 semaines dans une salle du collège Roy d’Espagne.

Bruno Duret tel un « jardinier des âmes », veut faire pousser la fleur de l’estime de soi en chacun. Ce militant du vivre ensemble, a su marier sa passion du théâtre avec ses valeurs.

Touché par ces jeunes qui ne croient pas en eux, ni en la réussite ou à l’ascenseur social que peut constituer l’école, Bruno Duret, aussi prof de math, s’investit depuis près de 25 ans dans la revalorisation des habitants de ces quartiers, par le biais d’actions culturelles.
C’est ainsi qu’il a, dans le cadre d’actions menées avec la politique de la ville, favorisé la convivialité avec la création et la diffusion d’un documentaire où les habitants étaient invités à se filmer eux-même. Une expérience riche, mais épuisante m’a-t-il dit.
Bruno Duret est sensible aux fragilités humaines et préfère s’occuper de ceux qui sont en difficulté, des rejetés, chez qui il entend développer les chances de réussite. Il reste critique sur les politiques de la ville, plus excluantes qu’intégrantes selon lui…
Il croit vraiment en la culture comme socle d’un projet de société positif, comme moyen de cohésion sociale. Il veut la rendre accessible à ces populations qu’il estime méprisées et qui intègrent, parfois avec violence, ce mépris. Bruno anime aussi des ateliers-théâtre dans des prisons…
Ici on ne casse pas, on valorise
J’ai pu assister à ces ateliers. De nombreux exercices d’improvisations sont basés sur l’écoute, le dépassement des peurs. Les participants ont l’occasion de mieux se situer par rapports aux autres, à accepter que l’on pose un regard sur eux.
Des simulations d’entretien sont mises en place où le stagiaire joue à tour de rôle le recruteur ou de postulant. Ces simulations sont filmées et l’après-midi est consacré aux retours, plutôt bienveillants de Bruno et Véronique Renaud, sa collaboratrice, et aussi des autres stagiaires. Ils soulignent davantage les progrès, même infimes parfois. On repère des attitudes récurrentes qui pourraient être considérées comme un handicap lors d’un entretien d’embauche et le stagiaire a pour mission d’essayer de gommer ce qu’on a repéré, lors des simulations suivantes.
Et parfois, c’est la métamorphose ! Certains sortent de la gangue, déchire le cocon, déploient enfin leurs ailes…
Deux stagiaires racontent :
Elisabeth , à la voix douce : «Ça me plaît beaucoup. Ça me fait énormément de bien. Je suis une grande timide et avec ces ateliers j’apprends à oser un peu plus ».
Valérie, qui souhaite se réorienter vers le généreux métier d’assistant de vie scolaire, mais que sa grande timidité entrave : «Moi aussi, je suis très réservée et je commence m’affirmer, à dire des choses avec une présence que je ne soupçonnais pas… ». 
Ceci est dit avant la représentation publique, le dernier jour du stage… Des extraits des simulations seront projetées sur un écran. Des prestations scéniques issues des approches théâtrales durant les 3 semaines et des scénettes écrites lors d’ateliers d’écriture menés par Fabienne Carpentier (Cie Théâtros aussi) seront jouées par les stagiaires déjà effervescents…
Bien que ce dispositif soit encore en expérimentation, les premiers résultats sont enthousiasmants et un bon nombre des demandeurs d’emplois de la première session ont très vite retrouvé un travail.
 

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