Femme en grand danger, la suite

Marseille –

En décembre 2015, j’avais rencontré Sonia (article en bas de page), une jeune femme de trente ans, très marquée par une histoire de violences conjugales, d’années d’enfer qu’elles vivaient avec ses enfants, d’un harcèlement pendant et après la relation. Poursuivie par cet ex-compagnon dépendant à la drogue et à l’alcool, elle attendait une décision de justice qui démontre toute sa dangerosité et les protège… Elle doutait beaucoup.

Aujourd’hui, elle a obtenu gain de cause. Mais à quel prix…

« L’expert l’a reconnu responsable de ces actes et a même conseillé un suivi psychologique de peur que sa violence ne recommence. Il a été condamné à 6 mois de prison avec sursis avec une obligation de soin et une mise à l’épreuve de 2 ans et interdiction de me contacter et de venir à mon domicile.

Depuis quelques mois, le papa a renoncé à son droit de visite en archipel, mon fils ne l’a pas vu depuis un an et j’ai fait appel au juge pour lui lever tout droit de visite et d’autorité parentale. Le fait que le papa ait renoncé à voir son fils est un bienfait à l’heure actuelle. Moi je veux que son père ne rentre plus dans sa vie tant que je n’ai pas la certitude qu’il soit soigné.

La justice m’a donné raison en Correctionnelle et il a fallut se battre pendant 3  ans et il a fallut que cela se répète pour qu’elle me donne raison. Trois ans de souffrance, de peur, d’angoisse et des coups réguliers…
Le problème de la Justice me concernant : attendre que j’ai les côtes fêlées pour le punir sérieusement.
 
Aujourd’hui, la justice veux toutefois accorder des droits à un père alcoolique, addict aux drogues dures, violent alors qu’il ne semble plus vouloir se préoccuper de son fils…

Le chapitre est clos pour moi. Maintenant je dois me battre pour que mon fils ne soit pas déstabilisé et en toute sincérité je vais même déménager pour ça, de peur qu’il revienne à la charge ».

 

 

Article paru en décembre 2015

Femme en grand danger

Marseille –

Image Amnesty International

Je suis allée à la rencontre d’une jeune femme d’une trentaine d’années. Son témoignage est anonyme car son affaire n’est malheureusement pas terminée mais « Sonia » a voulu témoigner pour délivrer quelques messages. Le sujet est celui de la violence faite aux femmes dans le cadre du couple. Malgré des preuves accablantes, Sonia doute de l’efficacité de la justice pour la protéger et pour protéger les autres femmes. Elle est tombée dans un piège dont elle aura du mal à se défaire.

Grande, belle, elle semble forte. Pourtant son calvaire dure depuis 4 ans environ, depuis qu’elle a appris à son compagnon qu’elle était enceinte. Tout a commencé par une jolie rencontre, chacun avait son emploi, son appartement. Sonia était amoureuse et son compagnon semblait l’être aussi. Sonia a déjà 2 enfants.

Elle avait déjà remarqué qu’il n’était pas des plus sobres lors de fêtes entre amis ou de sorties mais elle était loin de se douter qu’il était alcoolique. Et addict à la cocaïne. Un cocktail détonant.

« Quand je lui ai annoncé que j’attendais un enfant, il m’a demandé d’avorter. Je n’ai pas voulu le faire car j’avais malheureusement déjà connu une IVG et je l’avais très mal vécu. J’étais prête à élever l’enfant seule… Aujourd’hui, je regrette : j’aurais dû me séparer sans lui dire que j’étais enceinte… »

Malgré son refus, le compagnon ne coupe pas la relation et Sonia espère qu’il changera… Le piège se referme. Il reviendra sans cesse à la charge.

La violence psychologique puis physique s’installe

« Maintenant je sais que j’aurais dû fuir cette relation mais je l’aimais et  c’était le père de mon futur enfant, j’ai pensé à tort que la situation s’apaiserait ». Au contraire, la violence monte crescendo pendant les 9 mois. Insultes, claques, humiliations.

Son compagnon est aussi infidèle. Il joue aussi avec ses sentiments en lui annonçant ses conquêtes. Sonia est totalement affaiblie, dans un état de fatigue et ne distingue plus où se situe la raison. Sa famille n’habite pas la région.

« J’espérais le sortir de ses dépendances. Il me provoquait en m’appelant le messie, conscient que j’essayais de l’aider via une association. En vain, il ne jouait pas le jeu. Je lui parlais calmement pour éviter les crises. Lui les cherchait. Il ne voulait pas se faire soigner. Puis notre fils est né, mais il ne lui a jamais témoigné d’affection. J’ai mis tout cela sur le compte de ses dépendances au début. Ne voyant pas à quel point il me manipulait ».

La mort au tournant

Puis le cauchemar s’amplifie, tel un film d’horreur. La peur, le matin, le soir. Les coups de poing fréquents, jusqu’aux ITT. Même si les enfants ne sont pas directement témoins des scènes, ils entendent. Un soir, après un tabassage particulièrement violent, elle arrive à le pousser dehors dans le hall de l’immeuble et à s’enfermer dans l’appartement. La porte de l’immeuble est fermée en bas, il n’a pas la clé. Sonia appelle la Police, il est pris en flagrant délit.

« La Police le mettra en garde à vue, il y aura un passage devant le juge en correctionnel ».

Un compagnon qui se fait passer pour victime, en faiblesse psychologique pour amoindrir sa responsabilité, qui dit que c’est Sonia qui l’incite à boire, à se droguer, qu’elle a des relations extra-conjugales et qu’elle le harcèle sexuellement. Bref la défense est d’embrouiller le juge.

Malgré les menaces de mort reçues par SMS,  le juge (après la plainte déposée par Sonia) conclut à une simple interdiction d’approcher la jeune femme. Elle apprendra plus tard de la bouche d’une seconde avocate qu’il a pris 6 mois de prison avec sursis lors de son premier passage en correctionnel.

« C’est vous la coupable ! »

Entre temps, il y aura d’autres menaces par sms, malgré l’interdiction, d’autres coups violents aussi. Comme à Noël 2014 où Sonia a pitié… Elle invite son ex à voir son fils le soir du réveillon. Il mangera avec eux, en présence d’une amie de Sonia. « J’ai bravé l’interdiction pensant à mon fils qui verrait son père, et puis tout a dégénéré. Dès que mon amie est partie, il m’a frappé. Il est reparti avec sa bouteille de rosé sous le bras. Le lendemain j’ai voulu porter plainte et là le policier a refusé de prendre ma déposition me laissant entendre que j’étais en faute. J’avais eu le courage de sortir de chez moi, et voilà ce que l’on me répond ! »

« Lors d’un autre passage au commissariat « on me dira que je suis trop mal en point et qu’il y a déjà du monde et de repasser porter plainte quand ça irait mieux. Ce que j’ai fait, je ne pouvais pas obliger la Police à enregistrer cette plainte ».

« J’ai appris quelques temps après qu’il avait été condamné à 6 mois de sursis. Cela veut dire que si j’avais pu déposer la plainte cette fois-là, il aurait incarcéré d’office. Mon avocate (en aide juridictionnelle) avait omis de me le dire. J’ai changé d’avocat, je paie désormais pensant être mieux défendue. En janvier, un autre passage devant le juge aura lieu mais comme il menace de se tuer, personne ne semble vouloir le mettre en prison. J’espère qu’il sera condamné ».

Depuis septembre, elle ne voit plus son ex-compagnon, elle a réussi à dire non. Le déclic a eu lieu.

Cet homme est pris en charge par une association spécialisée et ne travaille plus. Il joue un double jeu selon Sonia. Il refuse de voir son fils dans un centre prévu à cet effet mais dit que Sonia l’empêche de voir le petit…

Sonia craint qu’il ne soit jugé irresponsable avec l’expertise psychiatrique.

« Il a demandé à des gens de notre entourage de faire de faux témoignages, via des attestations. Il est prêt à tout. Certains ont répondu présent. J’ai réussi à convaincre une personne de sa famille de dire qu’il la poussait à un faux témoignage ». Les violences se passaient à huis clos. Mais cela n’explique pas tout, l’ex-compagnon est connu comme étant violent et certains ont sûrement eu peur de lui dire non.

Sonia vit donc dans la peur à cause de cette homme qui ne la lâchera peut-être jamais et dans la colère de ne pas avoir été comprise ni par la Police, ni par la Justice suffisamment tôt. Elle est blessée moralement aussi, elle s’est entendue dire par des policiers, « fallait pas faire un enfant avec lui Madame ! ». Elle craint que ce moment d’égarement et de grande violence qu’elle a vécu, ne soit pas reconnu et demeure impuni. « Même les proches parfois me demandaient pourquoi je restais avec lui, me le reprochant, sûrement en pensant m’aider mais c’est blessant, comme si j’aimais ça »….

Le piège : la peur du pire

Invisible mais bien existant. La société ne semble pas comprendre cette peur de partir, il y a peu d’associations, le numéro pour les femmes en danger ne suffit pas, où alors il est composé déjà après des années de sévices.

« De nombreuses fois mon ex s’est présenté à mon domicile dans un état d’ébriété. Une fois, il s’est écroulé devant la porte, j’ai dû faire intervenir les pompiers. Avant cela, j’avais reçu des appels téléphoniques et des messages d’insultes et des menaces « ça va finir en drame», après cela je suis allée me présenter au commissariat pour retranscrire tous ses messages menaçants, expliquer la situation… la question que je me pose, c’est à quoi ça sert de faire des mains courantes, sachant qu’au final il est passé à l’acte. Je me suis fait battre régulièrement de janvier à septembre 2015 ». Prise dans cette spirale, la jeune femme n’en voit plus la fin. Pourquoi accepter ces coups ? La réponse est complexe, la peur du pire certainement. « Il menaçait de se suicider,  j’avais peur qu’il nous tue tous ».

Années gâchées

Pour Sonia, « il faut en parler dès le début à un psy, à 10 psy, s’il le faut, à des amis. Et surtout partir car au mieux il y a une simple rupture, au pire des coups et des années gâchées, et voire la mort. A la première insulte, au premier coup, ne vous laissez pas emprisonner ».

Sonia suit actuellement une thérapie qui l’aide à se déculpabiliser et à affronter le suivi judiciaire.

« Je ne veux pas quitter Marseille et fuir, ce serait déserter. Bien que j’ai de gros doutes sur les institutions, j’espère encore. Je crains qu’ils disent qu’il va se suicider en prison et que du coup la justice choisisse la facilité du traitement psy. Je ne sais pas pleurnicher, je parais forte et cela joue en ma défaveur. Mais les larmes, j’en verse en cachette, je peux vous l’assurer ».

La justice est-elle capable de mettre ces individus violents hors d’état de nuire ? Que va-t-elle choisir entre obligation de soin ou prison ? La Justice prévoit-elle des contrôles sérieux après de tels actes ? Peut-elle mesurer la part de responsabilité de ces manipulateurs ? Nous en serons plus dans quelques semaines.

Pour Sonia, il y a des carences dans le système qui expliquent en partie pourquoi les femmes battues ont peur de partir : elles ne se sentent pas suffisamment protégées par la justice. C’est tout le paradoxe. « Dans ces histoires, le couple est regardé comme violent dans son ensemble comme s’il n’y avait pas de coupable. Que la femme est « chiante »… C’est grave, on ne voit pas qu’elle est victime ou on ne veut pas le voir, c’est plus simple ».

La jeune femme tente de se reconstruire grâce un psy, à son travail (qu’elle a réussi à garder), et puis pour ses enfants, pour ce fils qu’elle aime et qu’elle se sent devoir protéger. Une femme devenue combattante qui reste cependant en très grand danger.

Si vous aussi vous avez été victime de violences et que vous avez trouvé une aide auprès d’une association, des services sociaux ou de la justice, contactez notre rédaction. Nous souhaiterions communiquer ces informations.

Les propos tenus par notre témoin sur ses doutes quant à l’intérêt des mains courantes et de l’écoute des policiers n’engagent qu’elle. Et ne doivent en aucun cas, influencer certaines femmes à renoncer à l’utilisation de ces outils juridiques.

Laisser un commentaire