Le nouveau Guillaume !

La Ciotat –

Je suis allée à la rencontre de Guillaume, un jeune homme de 21 ans, qui avoue avec enthousiasme avoir vécu une deuxième naissance en juillet 2013. Il est vrai qu’il revient de loin. Voici son histoire.

SONY DSCRendez-vous est donné au café l’Indiana en front de mer. Guillaume arrive accompagnée d’une amie proche, Ella. Je suis frappée par la joie de vivre qui émane de ce garçon. Il rayonne. Si Guillaume a accepté de me répondre, c’est pour témoigner. Pas pour frimer, même si désormais il commence à reprendre confiance en lui. Il s’agit d’une vraie revanche sur la vie. Pour dire que tout est possible, qu’on peut sortir d’une descente aux enfers. Pour lui l’enfer, c’était 90 kg de trop, une obésité, devenue morbide les derniers mois. Il a fallu un an de dépression, d’une chute dans la rue où il ne pouvait plus se relever, dans l’indifférence générale… pour dire stop ! Se rendre compte qu’il était en danger et qu’il fallait agir, vite. Il y a eu aussi des photos sur Facebook d’une jeune femme de la Ciotat, Marlène. Des photos la montrant avant et après une intervention chirurgicale, une sleeve*, qui consiste à retirer une grande partie de l’estomac. « J’ai pris contact avec elle et elle m’a expliqué son parcours et ça m’a donné confiance. J’ai été opéré il y a 2 ans à la clinique Casamance à Aubagne par le docteur Noël.

Je pèse désormais 83 kg pour 1m94. Avant l’opération, j’avais 90 kg de plus. Je n’étais plus moi-même, prisonnier de ce poids. Je ne sortais quasiment plus, j’avais arrêté l’école. Mes parents étaient désespérés par la situation. Je mangeais, j’avais faim tout le temps, pris dans un cercle infernal ».

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Guillaume a commencé a grossir à l’âge de 8 ans. A cet âge, il atteignait déjà les 80 kg. « Je ne sais pas si cette prise de poids est lié à la séparation de mes parents. En tout cas, je me débrouillais souvent pour manger 2 fois à la cantine quand le menu me plaisait. Je n’étais pas vraiment malheureux ni conscient du mal que je me faisais à ce moment là. C’était sûrement un moyen de me rassurer ».

Les parents de Guillaume agissent et décident de l’envoyer cette année là dans un centre d’amaigrissement où Guillaume peut poursuivre l’école, en pensionnat. « C’était à Carqueiranne, Bettyzou, un centre spécialisé pour enfants. J’ai plutôt bien vécu cette année, me retrouvant avec des enfants rencontrant le même problème. J’ai perdu 16 kg. Puis j’ai été rescolarisé à La Ciotat, et j’ai repris de mauvaises habitudes au grand désarroi de mes parents. J’allais chercher des bonbons à la sortie de l’école. Peut-être une façon de fuir une situation familiale qui ne me convenait pas ».

Guillaume a assez rapidement repris les kilos. Les moqueries des autres élèves devenaient difficiles, l’adolescent commence à décrocher de sa scolarité. Au milieu de sa 5ème, il repart en cure d’amaigrissement, cette fois à Sanary, aux Oiseaux. « Ce fut une belle année de ma vie, le régime alimentaire reposait sur un équilibre permettant de manger parfois de bons desserts ou des petits plats. On faisait du sport, tout était cadré, l’équipe très sympa, bref j’étais bien là-bas, je revivais, j’ai rencontré de belles personnes ».

Seulement voilà, « hors cadre », au retour de cette année où le jeune homme avait pourtant perdu 27 kg, la vie quotidienne le ramène assez vite à ses vieux démons. Grâce à une soeur « populaire », la vie est pourtant moins difficile à l’école. Il se fait des amis… Mais la nourriture est devenue drogue et difficile d’en décrocher. Malgré la consultation de trois psychologues, aucune solution n’est trouvée. «  Je mangeais des quantités astronomiques au fastfood, je ne pouvais pas m’en empêcher ». Guillaume a de plus en plus de difficultés à assumer son corps.

Il transpire, chaque déplacement simple est compliqué. Il est aussi gêné par le regard des autres. Mais encore plus par le sien… « La dernière année, j’étais en dépression. A 19 ans ! Je mangeais de plus en plus et personne ne pouvait m’arrêter. Je m’isolais de mes amis ». Le jeune homme tombe alors dans la rue, souffre terriblement de ce corps qui lui échappe. Il a ce déclic de survie. « J’ai compris qu’il y a avait urgence, que j’étais en danger de mort. J’ai vu ce témoignage de Marlène sur facebook qui avait été opérée de l’estomac, avec succès. J’ai pris rendez-vous et après de multiples examens, j’ai décidé de me lancer après la confirmation par le chirurgien que j’étais « opérable ». J’étais impatient, sans peur même ».

Guillaume est opéré avec succès à Aubagne avec la certitude de retrouver une vie normale. Trois jours d’hospitalisation. Avec ensuite la nécessité, plusieurs mois après l’intervention, de se nourrir exclusivement d’aliments liquides (bouillons, yaourts à boire). « Je n’ai pas trop souffert. Puis progressivement on a inséré des morceaux de légumes, de viande, pour revenir à une alimentation progressivement solide. J’ai perdu ce surpoids, en douceur. Aujourd’hui je suis en pleine forme. J’apprécie ce que je mange alors qu’avant j’engloutissais avec dégoût la nourriture. Je retrouve le plaisir de respirer (au lieu de suffoquer de chaleur auparavant), de marcher. Je peux choisir mes vêtements. Il est vrai que j’interroge souvent mon amie Ella pour lui demander si je ne grossis pas. Mais dans l’ensemble, je vis les choses super bien. Tout s’est bousculé ces derniers mois. J’ai trouvé un emploi de vendeur chez Casa, j’ai obtenu mon Code (alors qu’avant je n’allais pas au cours car c’était loin), le Bac et puis j’envisage de reprendre des études pour devenir infirmier… Bref, je revis.

Le message que je veux délivrer, c’est que quelque soit la méthode utilisée, il faut y croire et arrêter de penser que tout est perdu. On peut retrouver un poids normal. Il faut se donner les moyens et ne pas rester dans son coin, parler, chercher jusqu’à ce qu’une solution adaptée se profile ».

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 * La sleeve est une technique restrictive et hormonale qui consiste à couper les deux tiers de l’estomac. La partie retirée est celle qui contient les cellules qui sécrètent l’hormone stimulant l’appétit (ghréline). L’estomac est réduit à un tube vertical, les aliments passent rapidement dans l’intestin.

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