Ne m’oublie pas

Marseille – Musée d’Histoire

Christina Friedrich et Michael Brauchli

Christina Friedrich et Michael Brauchli

Je vous avais parlé la semaine dernière d’une « performance » (difficile de trouver un mot pour désigner cette démarche) Keep me in mind au Musée d’Histoire. A partir de demain après-midi et ce toutes les 30 minutes, 14 relayeurs (des marseillais volontaires) vont raconter l’histoire de 7 survivants de la Shoah aux visiteurs. Les 7 survivants ont eux-même raconté leur parcours de survie à une metteur en scène allemande, Christina Friedrich et à Michael Brauchli qui a travaillé avec elle sur ce projet.

Il n’est évidemment pas question de tomber dans le pathos. La performance, basée sur la narration et le contact, est étayée par des dessins qui ont été réalisés par les 7 survivants, ainsi que par des objets personnels qu’ils ont consenti à prêter afin d’apporter une proximité.

Benjamin Ginzburg, Miriam Kremin, Josef Künstlich, Ester Liber, Leakadia Szlak, Siegfried Teller et Sara Zamir ont aujourd’hui entre 80 et 97 ans. Leurs témoignages ont été recueillis à Haïfa en Israël, là où ils vivent désormais en maison de retraite.

Une idée née dans une coupure de presse

J’ai rencontré Christina et Michael pour savoir d’où venait cette démarche qui aura demandé 2 ans de travail, basé sur des rencontres. « Jamais je n’aurai pensé parler de ce sujet » à l’initiative de Keep me in mind. « J’ai lu un jour un article relatant l’histoire de Miriam Kremin. Son histoire m’a impressionnée. Cette gamine de 16 ans a erré pendant la guerre dans toute l’Europe. Son père l’avait poussé et lui avait dit de courir alors qu’ils étaient en passe d’être arrêtés. Et cette vieille dame disait dans cette coupure de presse qu’elle avait peur que son histoire disparaisse. Elle qui avait dû se taire, ne pas dire qu’elle était juive… Retrouvée et sauvée à Bucarest par des juifs qui recherchaient les enfants perdus et orphelins et qui les emmenaient ensuite en Israël ». Touchée par le sujet, Christina, la berlinoise, se sent investie, portée par de l’empathie, et un devoir de mémoire pour cette femme. Elle part à sa rencontre.

« En Allemagne, les gens sont un peu saturés de parler de ce sujet. Il y a des monuments, des commémorations. J’avais envie de donner des visages, des propos, à ces histoires individuelles. On connaît le nom des bourreaux mais pas celui des victimes ».

Miriam a dessiné ses souvenirs assez spontanément. De fil en aiguille, six autres rescapés sont venus à la rencontre de Christina pour dire l’indisible. Ils ont dessiné leurs souvenirs. J’ai vu les dessins et je peux vous dire que c’est extrêmement saisissant. Certains rescapés ont dû faire des choix inhumains, comme celui de choisir de sauver un enfant et pas un autre, parce qu’une famille catholique ne pouvait en prendre qu’un.

Keep me in mind est délivré dans 7 villes, des villes qui sont en lien avec l’histoire de ces juifs. Christina avait fait cette promesse à Miriam de faire connaître son histoire. La démarche artistique est toute en sobriété, avec un conteur (non acteur) à qui Christina et Michael ont raconté l’histoire d’un survivant. Autour d’une table, le conteur raconte. Toutes les 30 minutes, on peut changer et aller vers une autre histoire. Chaque participant reçoit une enveloppe avec des copies des dessins. Pour qu’il devienne à son tour témoin-relayeur.

« Ces gens ne voulaient pas être des survivants, ce n’est pas un statut. On transmet l’histoire de gens ordinaires qui ont vécu des évènements extraordinaires » poursuivent les auteurs.

D’hommes à hommes. Avec des moments émouvants. Les nazis n’ont pas réussi à effacer cela. C’est la grande force de cette performance et le réconfort de ces personnes maltraitées.

Keep me in Mind voyage de Varsovie à Montréal. A chaque représentation, 14 conteurs-témoins sont appelés (2 équipes de 7 pour la relève). Ils sont étudiants, actifs ou retraités. Le fait que ce soit des non-acteurs qui disent les histoires apporte beaucoup à la démarche. Egalité, et humanité en ressortent.

J’ai ensuite rencontré Eva Chevallier-Kausel, qui a choisi de répondre à l’appel de Keep me in mind et de devenir conteuse. Eva l’autrichienne, devenue marseillaise, nous explique pourquoi elle a voulu participer.

 

A Marseille, au Musée d’Histoire, Centre Bourse dans le 1er arrondissement

du 17 au 22 mai, entrée libre, les performances démarrent toutes les 30 minutes, autour d’une 7 tables, la conteuse et la participants/ Enfants à partir de 12 ans
Les 17, 18, 19, 20 et 22 mai de 14 h à 18 h
Le 21 mai de 14 h à 22 h, dans le cadre de la Nuit des Musées
Christina Friedrich et Michael Brauchli seront également présents au Musée Cantini, le 22 mai à 15 h 30.

Ne m’oublie pas

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