Sea Shepherd et Collectifs Littoral voient rouge

Marseille, Vieux-Port, pollution, filets de pêche

Marseille – Préfecture

« Nous vous invitons à rejoindre le grand rassemblement à l’initiative de Collectifs Littoral pour dire NON aux boues rouges. Samedi 30 janvier à 14 h devant la Préfecture ». Voici l’invitation lancée par Sea Shepherd s’unissant à Collectifs Littoral pour demander l’arrêt du déversement en mer de substances chimiques par la société Alteo (productrice d’aluminium).

Ce dossier entre dans le débat national comme un cheveu dans la soupe (après la Cop21). Tel un symbole des pollutions dont nous faisons les frais depuis des années et de la difficulté des entreprises, des pouvoirs publics et politiques de trouver des alternatives sans brandir la menace du chômage.

Depuis le 31 décembre, Alteo ne rejette plus dans les calanques  les résidus solides de bauxite issus de sa production d’alumines de spécialité. Les boues rouges sont traitées préalablement par 3 filtres construits entre 2007 et 2015, et permettent d’obtenir, un sous-produit sec, la « Bauxaline », aux applications diverses (travaux publics…). Ne seraient plus évacués en mer que des effuents liquides… Pas suffisant pour rassurer les gardiens de la mer.

Interview du co-coordinateur des Sea Shepherd à Marseille, Erwann.

« Stéphane Bouillon,  le préfet, a signé le 28 décembre dernier un arrêté autorisant Alteo à continuer à exploiter ses usines sur le site de Gardanne et autorisant, pour une durée de six ans, le rejet dans la mer d’effluents aqueux dépassant les limites réglementaires.

Depuis plus de 50 ans, l’usine d’alumine rejette des « boues rouges » dans la Méditerranée. Ce ne sont pas moins de 30 millions de tonnes chargées en métaux lourds toxiques pour l’environnement qui sont ainsi déversées sur les fonds marins de la fosse de Cassidaigne.

Les experts estiment qu’il faudra plus de 50 ans à la faune marine pour espérer un retour à la normal. Le dépôt chargé d’Aluminium, Arsenic, Cadmium, Cuivre, Mercure, Plomb ou autre Vanamium se retrouve à 2 300 mètres de profondeur et s’étend jusqu’à 65 kilomètres des côtes. Ces polluants bloquent notamment la croissance et le renouvellement d’espèces et se transmettent dans leurs gènes. L’épaisseur du dépôt polluant est de 50 cm à 25 kilomètres du point de rejet, et 10 cm à 60 kilomètres ce qui condamne la flore marine sur autant de surface. Dans sa partie épaisse, le dépôt recouvrirait 2 400 kilomètres !

Le fait pour une usine de déverser des effluents toxiques sur une parcelle de domaine public maritime naturel devrait être considéré en vertu de la loi littoral de 1986 comme illégal. En outre, le classement Natura 2000 avec 140 espèces terrestres animales et végétales protégées, 60 espèces marines patrimoniales et 14 habitats d’intérêt communautaire considérés comme rares et fragiles par l’Europe et la création récente du Parc National des Calanques n’ont à notre sens fait qu’amplifier cette illégalité.

Ainsi, le caractère particulier de la zone où se situent les rejets (Natura2000 et Parc national), l’absence de mission de service public, le caractère non temporaire de l’occupation du domaine maritime naturel et surtout les résultats de l’enquête scientifique auraient dû conduire à une non renouvellement de l’autorisation de polluer la méditerranée !

« Alteo se cache aujourd’hui derrière le fait que ce ne sont plus des boues rouges qui sont rejetées mais des effluents liquides. Cela ne signifie pas la fin de toute pollution, au contraire, la demande de rejet liquide objet de l’arrêté dépasse notamment de 245 fois pour l’aluminium et de 34 fois pour l’arsenic les valeurs réglementaires. Les dégâts causés par le dépôt de boues rouges et à présent d’effluents liquides sont catastrophiques pour l’environnement et il nous est impossible de laisser cet état de fait passé sous silence. Nous nous interrogeons également sur l’état des structures sous-marines et sur les conséquences que pourrait avoir une fuite dans les calanques pour la faune, la flore mais aussi pour les humains nombreux à profiter d’un patrimoine inestimable mais également fragile.

Sea Shepherd étudie actuellement tous les moyens légaux à sa disposition pour faire en sorte que la Méditerranée n’ait plus à pâtir de cette situation désastreuse pour les six ans qui viennent. En attendant, nous comptons sur la vigilance et l’intransigeance du Parc National des Calanques pour que le comité de surveillance et le comité scientifique soient mis en place sans délai par les services que l’État et qu’Alteo fasse l’objet d’un suivi au jour le jour et ce, en toute transparence avec les ONG intéressées par la question ».

La décision du préfet a été dénoncée par Ségolène Royal. « Je désapprouve cette décision. Je n’ai pas du tout changé d’avis, a réagi la ministre. Je pense que c’est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi ».

La rédaction a contacté Alteo pour avoir une réaction sur cette mobilisation prévue samedi et pour en savoir plus sur sa gestion des rejets en mer. Nous vous communiquerons les réponses d’Alteo si l’entreprise accepte de répondre.

Plus d’infos sur collectifslittoral.fr

Et : Collectifs-Littoral-Stop-Scandale-Boues-Rouges

Laisser un commentaire