Vieux-Port, interview du plongeur du Sea Shepherd

Marseille – Vieux-Port

JT de TF1, BFM TV, reportage de France 3 etc… c’est une première pour le marseillais, Kamel Benabid de l’ONG Sea Shepherd, que de répondre à une déferlante de questions…Marseille, Vieux-Port, pollution, filets de pêche

Et pour cause, depuis quelques jours, le pavillon noir à tête de mort de Sea Shepherd* a été remarqué en France, comme jamais. C’est Kamel Benabid qui menait les opérations de plongée au Vieux-Port.

Des questions qui n’auraient peut-être pas été posées sans le buzz de la vidéo (notamment via Facebook) montrant le fond du Vieux-Port telle une décharge. Un écho médiatique a suivi… Souvenez-vous de ces images donnant la nausée. De ces poissons délivrés par les plongeurs, pris dans les mailles de vieux filets de pêche qui n’ont plus rien à faire là…  De ce bac-poubelle sorti de la mer, de ces barrières…

Après lecture des articles, de ces reportages vidéos, et après avoir visionné cette fameuse vidéo,  j’ai eu envie d’en savoir plus. Exagération ? Militantisme forcené ? Je suis allée à la rencontre de Kamel. Rendez-vous est donné au Vieux-Port, et là un seul tour des quais donne déjà un aperçu du problème. Il suffit de se pencher… Alors il n’y a sûrement pas qu’à Marseille qu’une tel bourbier gît sous la mer, mais faut-il pour autant l’oublier… ? INTERVIEW

Marseille, Vieux-Port, pollution, filets de pêche

Pourquoi mettre le zoom sur le Vieux-Port ?

Nous sommes intervenus en juillet, sur le Vieux-Port, pendant 2 jours, dans le cadre de l’opération « Mare Nostrum », qui vise à sensibiliser la population à la pollution en mer Méditerranée. Cette action dans le Vieux-Port n’était pas prévue… Notre flotte composée d’un navire et de 2 speed boats (Le Colombus, Thor et Loki) parcourait la côte. De la Côte Bleue aux Calanques et jusqu’à environ 3 miles. Mais comme il y avait un mistral de force 7, trop vif  pour travailler plus au large, nous avons décidé d’explorer le Vieux-Port. Après avoir obtenu toutes les autorisations, rapidement et sans difficulté. Nous nous doutions que le Vieux-Port serait sale, comme tous les ports de grandes villes, mais à ce point ce fut une vraie surprise de constater cet amas de pollutions en tout genre. Nous avons été surpris par le manque de profondeur, l’impossibilité de voir le fond naturel, et par la présence massive de déchets (entre 2 et 4 mètres de haut) ! Nous sommes intervenus sur plusieurs points pour vérifier. Le Vieux-Port est l’endroit le plus sale. 
 
Pourquoi la vidéo ne sort-elle que maintenant ?
Tout simplement parce qu’il fallait le temps de monter les images et de la faire valider par Sea Shepherd. Internet a fait le reste.
L’opération a duré combien de temps ?
Nous sommes restés 2 jours au Vieux-Port. Prélevant et sortant de la mer des « échantillons’ de déchets. Il ne s’agissait pas d’une opération de nettoyage. Le premier jour, on a plongé à partir du Quai des Belges, et le 2ème du quai de la Mairie.
Quelle était l’ambiance ?
Une ambiance de travail, consciencieuse, concentrée, nous faisions attention au trafic. Pas le temps de s’émouvoir, mais l’idée de témoigner.
Qu’avez-vous trouvé ?
Des amoncellements de filets de pêche, de barrières métalliques, des bouteilles, du plastique, des déchets ingérés par les poissons que l’on va ensuite consommer… Mais aussi un WC ! Le gars a dû avoir la flemme d’aller à la déchèterie et a donc utilisé la mer… Tout un symbole. Une bonne dizaine de Vélib’ aussi…
 
Parlez-nous de vous ?
Je suis infirmier en libéral. Plongeur passionné, je suis aussi moniteur. Je suis également photographe et cadreur pour la presse de plongée. Je vis à Marseille depuis une dizaine d’années. C’est ma première intervention avec Sea Shepherd. J’ai plongé à de nombreux endroits dans le monde à titre personnel ou pour des articles. Sea Shepherd intervient dans le monde entier, mais il y a peu de chances que je partes en mission lointaine car mon activité professionnelle ne me permet pas de dégager assez de temps pour m’investir dans de plus longues missions. Je me rends utile à l’organisation là où je peux…
 
Etes-vous satisfait de la médiatisation ?
Un peu surpris par son ampleur. Oui et non, on ne se fait pas d’illusions, les médias vont passer à autre chose. Nous réalisons un travail de fond, de sensibilisation. On espère un suivi évidemment. A voir si les journalistes tiennent leurs engagements une fois le buzz disparu. Mais internet nous offre la possibilité de montrer des images sans censure, ce qui est énorme !
Marseille est-elle plus sale qu’une autre ville ?
Il y a évidemment un problème de comportement mais ce n’est pas que cela..
La côte varoise n’est certainement guère plus propre mais nous avons reçu moins de signalements de filets perdus, contrairement à Marseille.
Une bouteille plastique jetée dans la rue à 300 km de Marseille et non collectée a de fortes chances de finir en mer… Il ne faut pas oublier que le Rhône véhicule beaucoup de déchets terrestres qui se retrouvent ensuite en Méditerranée… Après on attribue beaucoup de choses au mistral. Il a bon dos…
Y-a-t-il des endroits propres ?
Oui heureusement. Les îles de Marseille ainsi que le Parc national des Calanques et tous les endroits où les plaisanciers ne séjournent pas…
 
Avez-vous reçu un bon accueil de la population, des élus, des autorités en général ?
Oui. Et en juillet, nous avons organisé plusieurs embarquements à portée pédagogique avec des enfants « tous fiers » de monter à bord d’un bateau « pirate ». Nous sommes plutôt les bienvenus, peut-être parce que les mentalités changent petit à petit…
Que doit-on retenir ?
Nous pensons qu’il faut sensibiliser les gens, les professionnels, faire de la prévention. Nettoyer c’est bien mais si on ne change pas nos comportements, ça sert à quoi ? Maintenant on sait, tout le monde sait, le public, les plaisanciers, les pêcheurs. Les élus ne démentent pas.
Les mauvaises habitudes sont repérées. Les professionnels de la mer, les plaisanciers, la population doivent pouvoir modifier certains usages.
Nous avons remonté des filets de pêche neufs et usagés. Ces filets « fantômes » n’ont rien à faire sous la mer. Pire, ils piègent les poissons, tortues marines et mammifères marins et ce, durant des décennies. Avec les points GPS, on peut facilement localiser et donc collecter. Cette pêche passive coûte chère … C’est un fléau, silencieux.
Ce serait bien que les pêcheurs signalent quand ils perdent un filet. On se demande pourquoi ils ne le font pas. Ont-ils une amende si ils déclarent cette perte ? Ce matériel coûte cher et n’est pas remboursé par les assurances, je pense qu’une collaboration avec des plongeurs pour décrocher ces filets et leur rendre peut-être utile à tous. Peut-être faudrait-il aussi penser leur accorder, un label (via une charte éco-responsable ?).
La pêche massive et industrielle détériore les fonds marins et est responsable de la diminution drastique des poissons dans le monde entier. N’empêche que tous les utilisateurs de la mer doivent être vigilants. Ne jetons pas la pierre aux pêcheurs locaux qui ont un impact beaucoup plus faible sur la vie marine. Mais leurs pratiques et surtout leur implication pourraient changer des choses.
Là où il y une fréquentation humaine, il y a de la pollution.
Sous les bateaux de plaisance, de croisière, les ferries. A tel point que l’on pourrait naviguer à l’aveugle vers la Corse, l’Afrique du Nord ou les Baléares ! Quelques jours après leur passage, on retrouve un sillon de plastiques, de déchets… des traces humaines, qui ont malheureusement un impact grandissant sur la faune et la flore.
La pollution n’est pas qu’à Marseille. A Cannes par exemple, c’est ce qu’a mis en évidence un plongeur en apnée, Laurent Lombard. Des milliers de bouteilles plastiques jonchaient le fond marin face à la Croisette… La municipalité a rapidement nettoyé, avant le début du Festival.
Allez-vous refaire refaire le même circuit pour vérifier l’état de nos fonds marins ?
Notre intention n’est pas de faire de la mauvaise publicité à Marseille. C’est un constat entrant que l’on a effectué, on aimerait faire un état sortant… On ne laisse pas tomber la Méditerranée. La mission suit son cours.  Après Marseille puis Hyères nous serons la semaine prochaine à Cannes puis nous poursuivrons plus à l’Est vers l’Italie puis la Corse, et l’Espagne. Nous reviendrons à Marseille pour clôturer ce tour et faire un bilan de l opération et exposer au public les échantillons de déchets pour un impact visuel, avec la présence de Paul Watson, fondateur des Sea Shepherd. Ce sera sûrement fin septembre. Nous vous tiendrons informés évidemment !
Il faut signaler aussi que les clubs de plongée font déjà un travail de nettoyage là où ils sont implantés. Certains nous signalent aussi les zones à problème. Il y a aussi les associations mais chacun travaille dans son coin. C’est le souci. Il faudrait un travail en commun pour avancer. Une mutualisation des efforts, des actions et pas nécessairement sous le pavillon de Sea Shepherd. Ce qui compte pour nous c’est la protection du milieu marin avant tout. L’écologie c’est l’affaire de tous.

 

Nous souhaiterions que les gens nous aident à localiser les filets perdus entre Marseille et la frontière italienne. N’hésitez pas à nous contacter sur le mail du site,  http://www.seashepherd.fr/

ou sur Facebook : seashepherdofficiel  https://www.facebook.com/SeaShepherdFrance?fref=ts

ou en commentaires sur blogstorymarseille.com ou sur le mail : redactionblogstory@gmail.com

LA VIDEO

LES PHOTOS

 

en surface, il y a malheureusement peu de difficultés à photographier ces déchets

en surface, il y a malheureusement peu de difficultés à photographier ces déchets

En se penchant du côté du quai des Belges, on trouve rapidement les déchets métalliques

En se penchant du côté du quai des Belges, on trouve rapidement les déchets métalliques

Vieux-Port - Photo Sea Shepherd

Vieux-Port – Photo Sea Shepherd

Bouteilles sous la mer - Vieux-Port - photo Sea Shepherd

Bouteilles sous la mer – Vieux-Port – photo Sea Shepherd

 

Chaises et filets - Vieux-Port - Photo Sea Shepherd

Chaises et filets – Vieux-Port – Photo Sea Shepherd

 

Filets de pêches - Vieux-Port - Photo Sea Shephred

Filets de pêche – Vieux-Port – Photo Sea Shephred

Capture d'écran 2015-08-14 19.31.03*SeaShepherd Conservation Society est une ONG maritime fondée en 1977 par Paul Watson, écologiste canadien, vouée à la protection des créatures marines. Elle est basée à Friday Harbor, dans l’État de Washington, aux États-Unis. Ses combats pacifiques sont internationaux : la lutte contre la chasse à la baleine, aux dauphins, aux phoques par exemple. Ses militants sont parfois emprisonnés comme aux Iles Féroé en tentant d’empêcher le traditionnel massacre de dauphins autorisé par le Danemark mais interdit par l’Europe (ils ont tenté de détourné la trajectoire des dauphins, en vain). L’organisation lutte contre la violation des traités européens de protection de la faune, des espèces menacées. Elle traque aussi les braconniers. Ses armes sont juridiques, mais aussi visuelles pour éveiller les consciences. Elle utilise aussi les pétitions pour peser sur les décideurs.

Pour en savoir plus http://www.seashepherd.fr/

4 thoughts on “Vieux-Port, interview du plongeur du Sea Shepherd

  1. Felicitations a Kamel et à toutes les personnes qui contribuent à nettoyer les fonds marins et terrestres de ses déchets non biodegradables= L’ideal serait d’arreter de fabriquer du plastique, ou du moins d’essayer de diminuer son utilisation et revenir aux produits utilisés avant que n’existe le plastique comme le grès ou le verre.

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